Planter sa tente pour une nuit est permis en France à deux conditions : rester hors des routes et voies publiques, et avoir l'accord de celui qui a la jouissance du sol, propriétaire ou exploitant. C'est la règle générale du code de l'urbanisme (article R111-32). Elle cesse là où un texte interdit le camping : rivage de la mer, site classé ou inscrit, abords d'un monument historique, 200 m autour d'un captage d'eau potable, commune qui l'interdit par arrêté affiché, cœur de parc national selon ses règles.

Le bivouac, une nuit sous une petite tente montée le soir et démontée le matin, n'a de régime propre que là où un gestionnaire le définit, dans les parcs nationaux surtout. Ailleurs, il suit les règles du camping. Dans les 8 parcs nationaux de métropole, les horaires, les distances et les zones interdites changent d'un parc à l'autre ; les règles de chacun ont été vérifiées sur son site et ses arrêtés le 27 octobre 2026.

Camping sauvage et bivouac : la différence dans les textes

En dehors des espaces protégés, aucune règle nationale ne distingue le bivouac du camping. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 25 février 2020, le Gouvernement indiquait qu'« il n'existe pas de règle générale en matière de campement en montagne » : l'activité relève des règles générales du camping et, le cas échéant, de celles des espaces protégés.

Les parcs nationaux, eux, séparent les deux notions. L'arrêté du parc national des Écrins du 16 juin 2026 en donne la définition la plus précise :

Bivouac Campement
Durée Une seule nuit consécutive sur un même site Occupation prolongée
Horaires Installation le soir, démontage le matin Installation maintenue hors des horaires autorisés
Abri Tente de petite taille, sans station debout possible, ou aucun abri Matériel installé durablement, abri, véhicule
En cœur de parc Autorisé selon les règles de chaque parc Interdit, sauf dérogation (bergers, travaux, missions du parc)

Déballer ou laisser en place son matériel de couchage en journée fait basculer le bivouac dans le campement, selon ce même arrêté. Si vous voulez rester deux nuits au même endroit en cœur de parc, vous n'êtes plus en bivouac, sauf en Vanoise, où le parc admet plusieurs nuits sur une aire de refuge à condition de démonter la tente chaque matin.

Le principe : camper est libre, avec l'accord de l'occupant du sol

Le code de l'urbanisme pose la liberté de camper hors des routes et voies publiques, avec l'accord de celui qui a la jouissance du sol et sauf opposition du propriétaire. Sur un champ, un pré ou un bois, demandez donc avant de monter la tente. Quand le pré est loué à un agriculteur, c'est lui qui a la jouissance du sol : son accord compte, et le propriétaire garde le droit de s'opposer.

L'accord du propriétaire ne suffit pas partout. Une commune peut interdire le camping dans certaines zones de son plan local d'urbanisme, terrains privés compris. Une interdiction générale sur toute une commune a été jugée illégale par le Conseil d'État le 14 février 1958, décision que rappelait encore le Gouvernement en 2005. En 1994, le Conseil d'État a pourtant admis une interdiction sur tout le territoire couvert par le plan d'occupation des sols d'une commune, au vu de l'afflux estival, des quelque 4 500 emplacements disponibles en terrains aménagés et de la protection des sites (13 mai 1994, n° 112758).

Où le code de l'urbanisme interdit le camping isolé

L'article R111-33 du code de l'urbanisme interdit le camping pratiqué isolément, sauf dérogation, dans quatre catégories de lieux :

Lieu Texte qui le délimite Qui peut déroger
Rivages de la mer et sites inscrits Article L341-1 du code de l'environnement pour les sites inscrits L'autorité compétente, après avis de l'architecte des Bâtiments de France et de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites
Sites classés ou en instance de classement Article L341-2 du code de l'environnement L'autorité administrative, après avis de la même commission
Sites patrimoniaux remarquables classés et abords des monuments historiques Articles L631-1 et L621-30 du code du patrimoine Comme pour les sites inscrits
200 m autour d'un point d'eau capté pour la consommation humaine Article L1321-2 du code de la santé publique pour les périmètres de protection Après avis favorable du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques

Source : page « Les terrains de camping déclarés » du ministère de l'Économie, mise à jour le 3 avril 2026.

Sur le rivage de la mer, le camping isolé est interdit même sans panneau ni arrêté, parce que l'interdiction vient du code lui-même. Un site classé peut couvrir un paysage entier, sommets compris. Le parc naturel régional du Pilat liste ainsi les crêts du Pilat, le gouffre d'Enfer et la haute vallée du Furan parmi les sites classés de son territoire où le camping isolé est interdit (fiche de décembre 2023). Pour savoir si votre emplacement est en site classé ou inscrit, demandez à la mairie de la commune.

Le maire et le préfet : les interdictions locales

Le maire peut interdire le camping par arrêté quand il porte atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publiques, aux paysages, aux perspectives monumentales, aux activités agricoles et forestières, ou aux milieux naturels, à la faune et à la flore. À Tulle, un arrêté du 13 janvier 2026 interdit ainsi le camping sauvage, le bivouac, les feux de camp, les réchauds et les barbecues sur tout le domaine public de la commune, de jour comme de nuit.

Ces interdictions ne vous sont opposables qu'après affichage en mairie et pose de panneaux aux accès habituels de la zone. Un panneau au départ du sentier ou au parking vaut donc information : passer outre est une contravention de 2e classe, 150 € au plus depuis février 2022 (article R610-5 du code pénal). Les autres montants sont dans notre article sur l'amende pour camping sauvage.

Le préfet, lui, réglemente l'accès aux massifs forestiers quand le risque d'incendie monte. Dans les Bouches-du-Rhône, cet accès est réglementé par arrêté préfectoral du 1er juin au 30 septembre ; les jours classés rouges, le parc national des Calanques est interdit d'accès par voie de terre. Dans le Var, l'État publie chaque jour à 18 h la carte du risque et des massifs fermés pour le lendemain : consultez-la la veille du départ.

Feu en forêt : interdit à moins de 200 m des bois

Le code forestier interdit à toute personne autre que le propriétaire et ses ayants droit de porter ou d'allumer du feu dans les bois, forêts, plantations et landes et jusqu'à 200 m de ceux-ci (article L131-1, ancien article L322-1). Un feu de camp en lisière, sur un terrain qui n'est pas le vôtre, est donc interdit par le code lui-même, sans qu'un arrêté soit nécessaire : c'est une contravention de 4e classe, 750 € au plus (article R163-2 du code forestier). En été, l'arrêté préfectoral du département peut aller jusqu'à interdire le réchaud : dans la Loire, feux de camp, réchauds et barbecues sont interdits sauf près d'une habitation disposant de l'eau courante, selon le parc naturel régional du Pilat.

Dans le cœur des 8 parcs nationaux de métropole, le feu est interdit hors des habitations ou des équipements prévus à cet effet. Le réchaud reste permis, à des conditions qui changent d'un parc à l'autre : à plus de 200 m des bois dans le Mercantour et les Cévennes, et uniquement à gaz dans les Écrins depuis juin 2026, les réchauds à alcool, à essence et à bois y étant proscrits.

Les règles du bivouac dans les 8 parcs nationaux de métropole

Le tableau porte sur le cœur de chaque parc, la zone où s'applique la réglementation spéciale. Dans l'aire d'adhésion, les communes qui entourent le cœur, ce sont les règles générales du camping et les arrêtés municipaux qui s'appliquent.

Parc national Bivouac en cœur Horaires de la tente Où Particularités Texte de référence
Vanoise Autorisé uniquement sur les aires de 23 refuges 19 h à 8 h Aires des refuges, en été, pendant le gardiennage Réservation obligatoire auprès du gardien ; bivouac sans tente interdit Page bivouac du parc, consultée en octobre 2026
Écrins Autorisé 19 h à 9 h À plus d'1 h de marche des limites du cœur, des parkings et des routes Une nuit par site ; interdit à moins de 500 m des lacs du Lauvitel et de la Muzelle hors zones signalées ; réchaud à gaz seulement ; exceptions au Pré de la Chaumette et au refuge de l'Olan Arrêté n°148/2026 du 16 juin 2026, rectifié le 6 juillet 2026
Mercantour Autorisé 19 h à 9 h À plus d'1 h de marche des limites du parc ou du dernier accès automobile Zone des gravures des Merveilles et de Fontanalba : aires des refuges uniquement ; chiens interdits Plaquette « Infos Sentiers », mise à jour mai 2022
Pyrénées Autorisé 19 h à 9 h À plus d'1 h de marche des limites du cœur ou d'un accès motorisé Réserve du Néouvielle : aires des lacs d'Orédon et d'Aubert uniquement ; chiens interdits Décret n° 2009-406, article 15 ; arrêté du directeur du 29 août 2013
Cévennes Autorisé sur certains secteurs 19 h à 9 h Bande de 50 m de chaque côté des GR et GRP balisés Une nuit ; non motorisé ; tronçons sensibles interdits, dont le lac des Pises depuis mai 2026 Page « Les règles pour tous » du parc et sa carte réglementaire
Forêts Autorisé 1 h avant le coucher du soleil à 1 h après le lever À proximité des voies et sentiers Tente de faibles dimensions Décret n° 2019-1132 du 6 novembre 2019 ; charte du parc
Calanques Interdit Sans objet Sans objet Interdit sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation du directeur Décret n° 2012-507 du 18 avril 2012, article 15
Port-Cros Interdit Sans objet Sans objet Pas de camping ni de bivouac sur Port-Cros et Porquerolles ; feu et cigarette interdits hors du village Page réglementation à terre du parc

Règles vérifiées le 27 octobre 2026 sur les sites des parcs et les textes cités. Outre-mer, les horaires diffèrent : de la tombée de la nuit au lever du jour en Guadeloupe, du coucher du soleil à 8 h à La Réunion, selon le portail des parcs nationaux mis à jour le 17 février 2025.

Écrins, Mercantour, Pyrénées : une heure de marche depuis la route

Dans ces trois parcs, comptez une heure de marche depuis la route, le parking ou la limite du cœur avant de chercher un emplacement. La tente doit être petite. Le feu est interdit, le réchaud autorisé. Les chiens sont interdits dans les cœurs du Mercantour et des Pyrénées, même tenus en laisse ou portés. Le détail par vallée et par refuge est dans notre guide du bivouac dans les Pyrénées.

Vanoise, Néouvielle, Merveilles : sur une aire désignée uniquement

Dans ces trois secteurs, la tente ne se plante que sur une aire désignée, près d'un refuge ou d'un lac. La liste des aires officielles, avec leurs tarifs et leurs saisons, est dans notre inventaire des aires de bivouac.

Parcs naturels régionaux et réserves naturelles : la règle est locale

Un parc naturel régional n'a pas de réglementation du bivouac comparable à celle d'un parc national. Sur son territoire s'appliquent les règles générales du camping, les sites classés et les arrêtés des communes. Le parc naturel régional du Pilat présente ainsi le bivouac comme une tolérance et conseille d'arriver vers 19 h ou 20 h, de partir au lever du soleil, de ne rester qu'une nuit et de demander l'accord du propriétaire. Avant de partir dans un parc régional, cherchez sa fiche bivouac et appelez la mairie de la commune visée. Le Vercors et les Vosges, massifs sans parc national, relèvent de ces règles locales : elles sont détaillées dans nos guides du bivouac dans le Vercors et du bivouac dans les Vosges.

Une réserve naturelle peut fixer ses propres règles dans son décret de classement, rappelait le Gouvernement en 2020. Elles peuvent aller jusqu'à l'interdiction totale ou à l'aire unique, comme au Néouvielle. Une commune peut aussi encadrer le bivouac dans la partie de son territoire classée en réserve : à Saint-Pierre-de-Chartreuse, un arrêté municipal de juillet 2021 n'autorisait que le bivouac sans tente sur un secteur de la réserve des Hauts de Chartreuse, en août 2021. Une règle de réserve ne se transpose jamais d'une réserve à l'autre : lisez le décret ou la page du gestionnaire.

Avant de planter la tente : les vérifications dans l'ordre

  1. Êtes-vous dans le cœur d'un parc national ? Appliquez la ligne du tableau ci-dessus.
  2. Êtes-vous sur le rivage, dans un site classé ou inscrit, près d'un monument historique ou d'un captage ? Le camping isolé y est interdit sans dérogation.
  3. Un panneau ou un arrêté municipal interdit-il le camping ? Regardez au parking et au départ du sentier, ou appelez la mairie.
  4. À qui appartient le terrain ? Demandez l'accord du propriétaire ou de l'exploitant.
  5. Le massif est-il ouvert ? En été, consultez la carte préfectorale du risque d'incendie avant de partir.

En montagne, l'emplacement se choisit aussi selon le ciel : une tente sur une crête ou sous un arbre isolé est exposée à la foudre, et les consignes à suivre sont dans notre guide de l'orage en montagne.

Questions fréquentes

Le camping sauvage est-il autorisé en France ?
Oui, en principe : le code de l'urbanisme laisse le camping libre hors des routes et voies publiques, avec l'accord de celui qui a la jouissance du sol. Il est interdit, sauf dérogation, sur les rivages de la mer, dans les sites classés ou inscrits, aux abords des monuments historiques et à moins de 200 m d'un captage d'eau potable, ainsi que là où un arrêté municipal ou la réglementation d'un parc national l'interdit.
Quelle est la différence entre bivouac et camping sauvage ?
Hors des espaces protégés, aucun texte national ne définit le bivouac : une tente isolée relève des règles générales du camping, rappelait le Gouvernement au Journal officiel du 25 février 2020. Dans les parcs nationaux, le bivouac est une nuit unique sous une petite tente montée le soir et démontée le matin ; le campement, qui dure ou reste installé en journée, y est interdit.
Où faire du camping sauvage en France ?
Sur un terrain privé avec l'accord de l'occupant, hors des zones interdites par le code de l'urbanisme et hors des communes qui l'interdisent par arrêté affiché. En cœur de parc national, seul le bivouac est permis, selon les règles du parc : de 19 h à 9 h à plus d'une heure de marche d'une route dans les Écrins, le Mercantour et les Pyrénées, et sur les aires de refuges en Vanoise.
Est-ce qu'on a le droit de dormir où on veut avec une tente de toit ?
Non. Dans le cœur du parc national du Mercantour, le camping en tente de toit est interdit au même titre que la caravane ou le camping-car, et le parc national des Pyrénées interdit le stationnement de nuit sur les routes et parkings de son cœur. Dans le cœur des Cévennes, dormir dans un véhicule n'est permis que dans la cour d'une maison d'habitation.

Sources